Lorraine Turcotte : la renaissance d’une maison et d’une mémoire familiale
Sainte-Victoire, le 14 mai 2022 — L’émission Histoires de Saurel nous amène cette fois à Sainte‑Victoire, où l’on rencontre Lorraine Turcotte, une femme passionnée d’histoire, de généalogie et d’architecture ancienne. Elle raconte l’histoire d’amour qui l’a liée à une petite maison centenaire qu’elle a achetée il y a près de dix ans et qu’elle a entièrement rénovée. Cette maison, modeste mais chargée de mémoire, a abrité autrefois une famille de 17 enfants, un fait qui a immédiatement frappé Lorraine lors de sa première visite : « Il s’est passé quelque chose ici », dit-elle.
Lorraine revient sur son attachement aux vieilles maisons, né dans son enfance en Beauce, où elle ressentait une chaleur humaine particulière dans ces demeures anciennes. Née à Sorel, ayant grandi dans différents quartiers, elle a mené une carrière d’infirmière auxiliaire « pour aider les gens, les rassurer ». Mère de deux enfants et grand‑mère, elle est aussi issue de familles souches québécoises, les Turcotte et les Théroux, dont elle retrace les parcours migratoires, les drames, les métiers et les lignées, notamment un ancêtre décédé « d’un coup de tonnerre » en 1920.
Son projet de rénovation commence par un coup de cœur : une vieille maison vendue sans garantie légale, un risque pour une femme seule, mais un défi qu’elle accepte. Elle découvre une structure de 1868, des murs remplis d’un isolant durci « comme de la glaise », des troncs d’arbres servant de montants, des planchers d’origine marqués par les lits de fer des enfants, et une foule de matériaux nobles qu’elle récupère avec soin. Elle conserve les poutres, les planchers, les clous à tête carrée, le lambris transformé en garde‑robe, et même le plancher de la vieille remise. Elle demande aux démolisseurs de manipuler le bois « comme de la porcelaine ».
L’émission nous mène ensuite à la rencontre de Jacqueline Dufault, 96 ans, née dans cette maison et y ayant vécu 84 ans. Jacqueline raconte la vie familiale, les 17 enfants, la longévité exceptionnelle de plusieurs membres, et le métier de son père, Joe Dufault, forgeron de Sainte‑Victoire, connu pour fabriquer des voitures pour les cultivateurs. Elle se dit heureuse que Lorraine ait acheté la maison : « En autant qu’elle apprécie ». Sa sœur Françoise, venue visiter après les rénovations, était « tellement contente » de voir la maison préservée avec respect.
La dernière partie de l’émission présente une capsule archivistique sur le fonds de la Société d’agriculture du comté de Richelieu, conservé à la Société historique Pierre‑de‑Sorel. On y découvre des programmes d’expositions agricoles de 1908, 1911 et 1912, des documents sur les fromageries, des livres de comptes de 1881 à 1908, et des procès‑verbaux fragiles mais précieux, témoignant de l’importance de l’agriculture dans la région et du rôle de la société dans l’amélioration des troupeaux et des cultures.
Cette entrevue tisse ainsi trois fils : l’histoire d’une maison, la mémoire d’une famille, et le patrimoine agricole régional — un ensemble profondément enraciné dans l’identité de Sainte‑Victoire et de Sorel.
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